Témoignage exclusif d'une victime du sport

24/06/2017

Frédéric B. préfère rester anonyme. Son chef est un footeux acharné, et il ne souhaite pas s'exposer aux railleries ou pressions des puissances de l'argent dont le sport est aujourd'hui l'un des avatars.

Il a grandi, traumatisé, dans un foyer déchiré par le football, à une époque où les familles n'avaient qu'un téléviseur et où les femmes devaient subir les retransmissions de matchs comme des victimes passives de la tyrannie de leurs époux qui seraient passés pour des idiots ou des lavettes s'ils n'avaient pas pu parler du match de la veille avec leurs collègues...

Contraint dès l'âge de dix ans à pratiquer le judo par ses parents qui ne supportaient plus de le voir lire des ouvrages d'histoire à longueur de temps, il sera blessé à de nombreuses reprises jusqu'à ce que des lésions irréversibles et graves sur ses cervicales, favorisées par un accident de sport dans le cadre scolaire (du fait de l'inéptie des programmes et de l'éxigence des barêmes du baccalauréat qui voulaient qu'il soit capable d'exécuter des figures de gymnastique acrobatique sans protection en à peine cinq séances!) l'excluent de toute activité physique, mais aussi du port de toutes charges lourdes, ou de mouvements en force ou répétitifs au-dessus de la tête... Ne pouvant plus bricoler, et ne touchant aucune pension pour ce préjudice, son appartement tombe aujourd'hui en ruine et frise l'insalubrité... le conduisant à renoncer à recevoir, et donc de répondre aux invitations... S'isolant de plus en plus socialement. Ne pouvant plus conduire ni même voyager trop longtemps en automobile, martyrisé par les ralentisseurs qui envahissent les rues des villes, il a dû renoncer aux départs en vacances, provoquant la lassitude de son épouse qui n'aime plus l'impotent accros aux antalgiques qu'il est devenu.

N'ayant pu faire dispenser ses enfants de sport de par leur trop bonne santé, il a donc du faire face aux fractures d'orteils de son fils au judo, aux tendinites après des retours de sport scolaire, et à des malaises pour avoir du faire du sport en pleine canicule. Que dire de sa fille, qui a failli finir sa vie en chaise roulante à cause d'une chute d'équitation, et qu'il vient de récupérer à l'hôpital pour une mauvaise fracture d'un doigt de la main droite (qui ne lui permet plus d'écrire en classe). Il ne sait pas si les frais médicaux seront pris en charge car la sécurité sociale et les assurances des clubs, des écoles, ou de responsabilité civiles se renvoient la balle... Personne ne voulant prendre en charge les victimes du sport dont le nombre sans cesse croissant reste caché au public.

C'est un homme brisé et au bord du suicide que nous rencontrons aujourd'hui. Brisé et incompris par une société qui refuse de reconnaître les dangers du sport, et qui traite en sous-hommes dégénérés ceux qui osent mettre en cause le culte à cette économie florissante.

Qui aura donc un jour le courage de se lever et de protester contre cette dictature mondiale du sport? Le sport, unique et seul complot internationnal nuisible à l'humanité.